Ainsi on trouve, inspiré du modèle viennois: en Suisse le "schwyzois", en Allemagne le "melodion" (exporté en Louisiane), en Italie l'"organetto", " en Russie le "chromka", en Pologne la "dizaine",en France le "dedenis", en Hongrie le "ramajan", etc. L'histoire du modèle schwyzois mérite qu'on la raconte: elle illustre bien ce rayonnement.

Dans son beau livre sur L'accordéon schwyzois, E. Roth rapporte qu'un immigrant du Vorarlberg, Johannes Drollinger, tourneur sur bois et musicien, arriva un jour à pied dans l'Emmental. Cet ouvrier à la recherche de travail avait sur lui un instrument de musique rapporté de Vienne. Il trouva occupation et logement chez Samuel Herrmann, maître tourneur en même temps que propriétaire de l'auberge "L'Etoile". Bientôt, Drollinger joua de la musique pour les habitués de l'auberge, et ce qui n'était qu'un délassement devint une habitude. Cette pratique régulière dut amener, de temps en temps, quelques petits ennuis mécaniques qui, s'ils furent résolus rapidement par les fins artisans de précision qu'étaient le patron et l'employé, leur donnèrent surtout l'idée de refaire et de perfectionner l'instrument. Tous les outils se trouvaient à leur disposition dans l'atelier du maître tourneur. En 1836, l'association Drollinger-Herrmann mettait au point le premier accordéon de Larlgnau, le Langnauerli. Une fois admis le principe d'un clavier donnant des accords pour accompagner celui de la mélodie, on chercha un moyen, tout en tenant compte du "tirez-poussez", de jouer dans toutes les tonalités. On rencontre alors, parmi plus d'une cinquantaine d'essais, le système: "zweireiher", "renversé", en "abruzzais", "bratti", "chromo-piano", en bourg", "coia", "maugein", "irlandais", prani ", " breton ", " colmar ", " russe ", " piacentino " "belge", "allemand", "pajot", "inversé", etc. Devant les difficultés accumulées, on avait fini par essayer d'établir une tonalité par rangée. L'idée, en soi, n'était pas inintéressante. Mais il fallait quand rêne limiter le clavier aux tonalités "voisines", pour ne pas se retrouver avec un monstre à 12 rangées; on retint donc les rangées aux tonalités les plus usuelles.

Après les instruments à une rangée, en do:

Une proposition originale fit son apparition à Paris. Elle utilisait une rangée en do avec une seconde en si (création Maugein):

Par le jeu des enharmonies, le musicien se retrouvait avec tous les sons de la gamme chromatique; il pouvait donc aborder, mélodiquement, toutes les tonalités. Mélodiquement seulement, car, avec le "tirez-poussez", il était limité pour former des accords, et le clavier de la main gauche était contraint de rester muet à certains moments s'il n'était pas pourvu de boutons en suffisance. Les fabricants s'ingénièrent alors à trouver des solutions afin de conserver à l'accordéon l'avantage d'un instrument harmonique.

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