Ensuite, on retrouve l'accordion en Allemagne dès 1834·, à Géra, chez W. Sparthe, et en 1836 chez H. Wagner; en Suisse, à Langnau, en 1836 entre les mains de J. Drollinger et J.S. Hermann; dans la ville de Magdebourg, en 1836, chez J. Schneider et, en 1845, chez F. Gessner. L'accordion se déplace ensuite, en 1852, à Klingenthal avec Herold. On pense qu'il pénètre en Russie vers 1840 par les ports de Saint Pétersbourg, Riga, Odessa. Auparavant, l'harmonica était apparu sous le nom de harmonica à lèvres sur un marché de Nijni-Novgorod et ramené à Tchoulkova, faubourg de Toula, par Sizof, armurier, qui se mit à la fabrication des harmonicas puis des accordéons.
Ces quelques points de repères donnent une idée de la rapidité avec laquelle l'accordion de Demian s'implanta dans les milieux où la fabrication des instruments de musique était très active, particulièrement ceux spécialisés dans l'harmonica à bouche. De là, il pourra ensuite gagner la Tchécoslovaquie, la Pologne, l'Italie, l'Angleterre puis l'Amérique.
Les données historiques relatives à son introduction dans les pays cités sont souvent incomplètes. Par contre, la France offre des documents assez nombreux et variés pour faire revivre ses débuts à Paris.
On peut dire, sans crainte d'exagérer, que ce fut du délire. Après l'harmonica à bouche, tous ceux qui en avaient les moyens voulurent jouer de ce nouvel instrument.
Deux tendances se manifestèrent: l'une considérait ce nouveau venu comme un jouet; l'autre prit la chose très au sérieux et l'on se mit à étudier l'accordion comme on étudiait le violon.
En consultant le Bottin-Didot, on constate que les premiers revendeurs furent, naturellement, les spécialistes de l'harmonica: Buffet, Siguret, Charrière. En 1832 vinrent s'ajouter Chameroy, 275,rue Saint-Martin; Moutet, même adresse; Maillard, passage Lemoine; Reverchon, 2, Bourg-l'Abbé.
Le mot accordion n'étant pas encore très répandu, on écoula les premiers modèles sous des noms divers: handaoline - harmonica à clavier - harmonica à soufflet harmonica à tirer - harmonica simple-harmonica avec dièses - harmonica à touches.
Ce n'est qu'après 1835 que l'ensemble des fabricants utilisèrent le mot accordéon, pour éviter les confusions qui ne manquaient pas de se produire auprès d'une clientèle toujours plus nombreuse. Car, il faut le dire, les modèles se mirent à pulluler, du plus raisonnable au plus extravagant; ce fut un chaos inextricable.
Le mot accordion avait d'ailleurs été créé de toute pièce par son inventeur pour désigner un instrument proposant des accords préparés, afin de répondre à la mode du moment. Cette formule fit à la fois la fortune des fabricants et le bonheur des acheteurs.
Ainsi, quand Demian, après avoir fabriqué des mundharmonica (harmonica à bouche), entreprit de faire des handaoline (harmonica à mains), il tint compte de l'engouement du public pour les instruments du genre harmonica métallique de Buffet, qui se vendaient bien parce qu'ils avaient un "accompagnement" ajouté à la " mélodie". Pourquoi ne ferait-il pas la même chose, mais avec un harmonica à soufflet? Ce qui fut dit fut fait.