L'accordéon romantique en France

 


On sait que les accordions sortis de Vienne tombèrent, à Paris, entre les mains d'amateurs passionnés par le nouveau système sonore dont on parlait tant. Cependant, ils furent en même temps recherchés par les fabricants qui faisaient le négoce des instruments à anche libre, impatients de démonter cette boîte magique pour essayer d'en tirer profit. Très impressionnés par l'aspect général de l'accordion, ils apprécièrent aussi la précision avec laquelle le montage des lames était pratiqué. La minutie se retrouvant partout: travail du soufflet, assemblage des plaques sur le "sommier", utilisation de la peau, de la nacre; on ne pouvait qu'admirer. Tout contribuait à faire de l'instrument un petit chef-d'oeuvre de lutherie. Tout, sauf un détail qui aura une importance considérable dans l'histoire même de l'accordion: la possibilité d'entendre un accord avec une seule touche.

Très sceptiques sur ce point, les fabricants parisiens, conseillés par des musiciens de leur entourage, repoussèrent cette particularité et modifièrent l'accordion. On remplaça radicalement dans chaque case la plaque donnant cinq sons par une plaque ne faisant entendre qu'une seule note. Comme chaque case comportait une plaque recto-verso, on obtenait, par le moyen du soufflet, un son en "tirant", un son en "poussant", système que nous avons nommé "bisonore". Ce sera l'accordéon français.

L'un des premiers modèles nous est décrit par Pichenot Jeune, demeurant à Paris, passage de l'Opéra, galerie de l'Horloge n°16 et 18, auteur d'une Méthode d'accordéon éditée en 1831 dans laquelle on peut lire:

"Le clavier de l'accordéon se compose de huit touches qui donnent 16 notes, 8 en tirant et 8 en poussant le soufflet, ainsi qu'il est indiqué dans le tableau" Voici l'étendue du clavier proposé par Pichenot:

 

Cette nouvelle conception du clavier, dont l'étendue correspondait à deux gammes diatoniques, détournait forcément la vocation première de l'accordion en le faisant devenir "mélodique". Quelle solution trouver pour contourner une telle anomalie sans détruire l'idée première de l'inventeur. Elle fut aussi simple qu'astucieuse. En plus des touches donnant la gamme de do, Pichenot en imagina une autre, un peu déportée sur le clavier, pouvant s'ouvrir ou se fermer à l'aide d'un petit levier. Cette touche donnait un accord de tonique (do-mi-sol) en tirant, ou de dominante (sol-si-ré) en poussant. La suite est facile à comprendre: selon que l'on "tirait" ou "poussait" le soufflet pour jouer une mélodie, celle-ci était accompagnée ou non par la "bascule d'harmonie", au gré du musicien. La formule rencontrera l'approbation des usagers et fera école. En quelques années, tous les accordéons fabriqués en France seront équipés de "bascules" donnant des harmonies.

RETOUR VERS LE SOMMAIRE

page suivante