" Cet instrument, auquel j'ai rendu son nom allemand d'accordéon (?), a été, d'après les conseils d'artistes distingués et sous ma direction, perfectionné par Isouart (sic), mécanicien, qui a toujours été et est encore le seul capable de construire de bons accordéons. M. Reisner n'est pour rien dans la voyage que cet instrument a obtenue, car il n'a commencé à le connaître que deux ans après son apparition, et ma méthode était publiée six mois avant la sienne. "Si nous ne craignions pas de commettre une indiscrétion, nous nommerions les artistes qui ont bien voulu nous composer les airs contenus dans cette méthode et dans deux autres cahiers qui ont paru successivement. Il est faux que l'on puisse jouer de cet instrument en six leçons, puisque, malgré son mérite et sa persévérance germaine, M. Reisner, au bout de six mois, est loin d'être fort. Mais les oreilles artistes sont seules juges en pareille matière, et nous abandonnerons le talent de chacun à la critique comme à la louange: seulement nous dirons que, parmi les accordéons exposés, Sa Majesté a daigné choisir celui que j'ai eu l'honneur de lui faire entendre, et j'engage les personnes qui connaissent les instruments de M. Reisner à venir faire la comparaison avec le mien, soit dans mes magasins, soit à l'Exposition, au pavillon n° 4···"

Cette controverse entre Pichenot et Reisner nous apporte certains détails du plus grand intérêt.

Cet échange nous apprend le choix par Pichenot du mot "accordéon" (sic) pour désigner le modèle venu de Vienne, le seul, à ses yeux, méritant d'être considéré parmi ses concurrents comme un instrument de musique; c'est donc peut-être grâce à lui si ce mot est parvenu jusqu'à nous. En avançant le nom d'Isouart, en vérité Isoart, il nous permet de retrouver la trace de ce mécanicien-musicien - un moment associé avec Marie-Candide Buffet - qui transformera l'accordion de Demian en en supprimant les " accords ".

Ce modèle français est précisément celui décrit par Pichenot dans sa méthode de 1831. L'étroite collaboration Pichenot-Isoart est confirmée par un brevet d'invention de dix ans pris le 30 juillet 1835 par nos deux créateurs, pour un "Nouvel Organe du Son". A partir de 1837, Mathieu-François Isoart, demeurant 101 , Vieille-Rue-du-Temple, à Paris, consacrera toute son activité à l'accordéon. L'apparition du nom de Reisner nous fournit l'occasion de rechercher les traces de cet autre adepte passionné du système de l'anche libre, originaire, dit on, de Breslau (Silésie).

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