Les premiers travaux de ce professeur-fabricant se manifestent sous la forme de deux méthodes pour l'accordéon. Dans la seconde méthode de A. Reisner, éditée à Paris en 1835 chez l'auteur, galerie et rotonde Colbert n° 5, nous pouvons lire ceci:
"... D'après les succès qu'a obtenus la première méthode que j'ai faite pour l'accordéon à deux octaves sans demi-tons, et les sollicitations réitérées d'un grand nombre de fabricants et d'amateurs de cet instrument, je me suis décidé à en faire une seconde pour l'accordéon à deux et trois octaves avec les demi-tons. Mon principal but est de faire adopter une unité dans la confection de ces instruments, je veux dire de faire monter le jeu à tous de la manière que je l'indique dans cette méthode, manière qui, j'en suis convaincu, est la meilleure de toutes celles qu'on a essayées jusqu'à présent.
Il est très désagréable pour une personne qui sait jouer de l'accordéon de trouver un de ces instruments chez ses amis de connaissance, de le prendre pour en jouer et de ne pouvoir en tirer aucun parti; c'est là un grand inconvénient, qui résulte nécessairement de la diversité des manières dont sont montés les accordéons et qu'il est aisé de faire disparaître en les montant tous dans le même sens. Cette différence est surtout notable et incommode dans les accordéons avec des demi-tons; les uns placent ces demi-tons sous le clavier, les autres entre, mais avec inégalité, de manière qu'on ne peut rien y comprendre, d'autant plus qu'on ne vous donne aucune instruction à ce sujet: vous achetez un accordéon avec les demi-tons, eh bien! servez-vous en comme vous pourrez!
J'adopte le clavier semblable à celui du piano qu'on doit toucher avec les quatre doigts de la main droite; c'est déjà un grand avantage pour les personnes qui touchent le piano et qui peuvent d'après cette méthode être, en très peu de temps, à même de bien jouer l'accordéon.
Je désapprouve absolument la manière de jouer avec le pouce seul, par la raison qu'il est impossible de faire avec un doigt ce qu'on fait avec quatre, et que d'ailleurs on a très mauvaise grâce à jouer de la sorte. J'espère que tous les fabricants d'accordéons seront convaincus de l'utilité et de l'avantage qu'eux et le public trouveront en suivant mon système et en montant tous les accordéons d'après la méthode Reisner.
J'ai suivi, dans cette méthode, les mêmes règles que dans la première; ainsi j'ai indiqué par les chiffres les touches qu'il faut lever et les doigts dont il faut se servir, et par les lettres quand il faut tirer ou pousser le soufflet. Les chiffres placés avant la note indiquent le doigt de la main droite dont il faut se servir, savoir: index, 1; médium, 2; annulaire, 3; petit doigt, 4; les notes naturelles qui se trouvent sur les demi-tons sont indiquées par une petite croix (+ ) placée avant les chiffres sous les touches; les points placés sur les têtes de notes indiquent qu'il ne faut pas les lier ensemble, mais les jouer au contraire bien détachées. Tous ces détails sont faits principalement pour les personnes qui ne sont pas fort musiciennes et qui pourront, par ce moyen, parvenir à bien jouer de l'accordéon avec les demi-tons.
Ces lignes confirment l'existence de l'accordéon à deux octaves, sans les demi-tons (2 gammes diatoniques), autour de 1832, et nous permettent de mesurer les progrès du clavier de la main droite passant, en trois années, de 8 touches à 12 "grandes" touches et 12 "petites" touches donnant les demi tons. En un mot, 3 octaves avec les demi-tons ou, pour être plus théorique; 3 gammes chromatiques. Nous voilà donc en présence de deux modèles: l'accordéon "diatonique" et l'accordéon "chromatique". Les musiciens auront déjà décelé, dans notre insistance à souligner ces détails, la confusion qui naîtra, quelques décennies plus tard, de ces terminologies.