L'"Harmonica" de Paolo Soprani est bien vite baptisé accordéon "chromatique" en raison de ses claviers et, par opposition, tous les autres modèles seront des accordéons "diatoniques". On imagine aisément la confusion des termes qui régna à l'époque, quand on voit les malentendus qui subsistent encore de nos jours dans les milieux spécialisés.
Si les instrumentistes du moment établissaient un choix en nommant "chromatiques" les nouveaux modèles et "diatoniques" les anciens, les musiciens, eux, faisaient la relation entre la contrainte du "tirez-poussez" et un modèle de gamme. le désarroi devenait complet quand on annonçait qu'un système "diatonique" (tirez-poussez) pouvait être aussi "chromatique" (tons et demi-tons).
On entend parler, bizarrement, de diatonique avec demi-tons (!), chromatique diatonique (!), mixte, etc.
Quels que soient les ennuis causés par des dénominations plus ou moins adéquates, l'accordéon "chromatique" de Soprani bouleverse les traditions. Si le clavier de la main gauche est une version considérablement améliorée des recherches antérieures, présentées déjà à l'Exposition universelle de 1889, celui de la main droite est une innovation remarquable. La conception de ce clavier permet de transposer un texte musical sans modifier les doigtés
Nos recherches personnelles, complétées par les témoignages de protagonistes recueillis de vive voix nous permettent de confirmer cet épisode crucial de la fabrication de l'accordéon.
Ce nouvel instrument doit d'exister à deux très habiles ouvriers, alors employés chez Paolo Soprani: Beraldi et Piatanesi. Le premier, Mattia Beraldi, originaire d'Ancône, on l'a appelé le "Grand Mattia". Celui qu'on respectait, qu'on admirait jusqu'à la vénération. Mattia, celui dont on raconte qu'il avait trouvé une "mécanique" des basses en observant la formation des accords sur un manche de guitare. Celui qui avait créé le "système Beraldi" à 12, 14, 16 basses. Mattia, qui avait un secret pour disposer les lames dans la "caisse" du clavier et qui s'enfermait, au moment de l'accordage, pour ne pas dévoiler son procédé. Le trou de la serrure était bien trop petit pour que l'un de ses apprentis, Nazzareno Piermaria (1879-1949), gui devint plus tard un autre grand facteur de l'instrument, pût saisir le mystérieux assemblage; c'était son désespoir. S'il savait monter complètement un instrument fabriqué de ses mains, personne ne voulait lui confier le secret de l'accordage...