La musette
La musette (cornemuse améliorée) est un instrument à vent, de caractère champêtre, dont on retrouve la trace dès le XIIIe siècle. Elle se compose d'une outre (sac) qui se remplit d'air à l'aide d'un petit soufflet actionné par le bras du musicien. Elle comporte un tuyau, éventuellement interchangeable selon les tonalités désirées, percé de six ou sept trous, à la manière des flûtes douces. Ce tuyau, pouvant donner douze notes, prend le nom de "hautbois", "flûte", "musette", "pied", "chalumeau", selon les régions. Il se termine par une anche double, en roseau, comme les hautbois ou le cor anglais. A cet ensemble s'ajoutent un ou plusieurs autres tubes donnant des sons continus dits "bourdons", produits par des anches "battantes>> sonnant à l'unisson, à l'octave ou à la quinte. La vielle à roue, instrument à cordes, souvent associée à la musette, dispose elle aussi de deux à quatre bourdons faisant office de basses continues. Ces notes soutenues, monotones, donnent une sorte d'accompagnement (tonique dominante) et sont caractéristiques de la musette et de la vielle. Dans les deux instruments, elles peuvent, par un petit moyen mécanique, ne plus vibrer pour laisser place à la mélodie seule. Notons au passage que l'accordéon, à ses débuts, s'efforcera d'imiter ce procédé avec ses "bascules d'harmonies".
La musette que nous avons tenté de décrire est la musette de cour, celle mentionnée par Marin Mersenne dans son traité de 1636. Elle connut une très grande vogue en France, en raison de l'intérêt qu'on lui portait à Versailles; de nombreux compositeurs écrivirent à son intention: Chedeville, Hotteterre, Rameau, Baton, Aubert, Corrette, Anet, Boismortier. Les soins apportés à sa fabrication et à sa décoration en firent un instrument luxueux: soie, velours, broderies, pompons, rubans, ivoire. Elle donna naissance à une danse française qui se retrouve dans les Suites de Dandrieu, Couperin, Bach, Rameau.
L'utilisation de la musette dans les cercles de la noblesse déclina peu à peu après 1750 et son succès se déplaça vers les campagnes. Un phénomène semblable se produira pour l'accordéon un siècle plus tard: désertant les salons où il était apparu, il fleurira dans les bals. La musette étant un instrument d'une pratique relativement simple, mais fort coûteux, certains amateurs démunis d'argent s'ingénièrent à façonner eux-mêmes leur instrument; appliquant les conseils d'un ami, travaillant chez un maître fabricant ou se faisant prêter un modèle pour l'étudier et tenter de le reproduire.