C'est ce qui se passa au centre de la France au milieu du XIXe siècle. Chaque joueur confectionnait son instrument de ses propres mains, avec les matériaux trouvés sur place. Pour le réservoir d'air, on prit la peau d'une jeune chèvre: le cabri. En raison de quoi la musette se nomme "cabrette" en Auvergne et "chabrette" en Limousin. Mais il ne faut pas s'y tromper: si, apparemment, les instruments se ressemblent, une foule de détails les distinguent... sans parler de la "parisienne", la musette toute faite pour les gens de la ville.
La mise en route d'une musette était une opération compliquée, voire secrète. Chacun avait ses outils personnels, parfois étranges, pour travailler le bois (buis, prunier, érable, noyer), l'étain, la corne (noire ou blanche), l'os, le cuir. On se transmettait des procédés de fabrication et l'on gardait jalousement, comme référence, certaines pièces offertes par un ancien. Bergheaud, l'un des derniers grands joueurs de cabrette, possédait un "pied de 44" en ivoire, en la, ayant appartenu à Bouscatel. Il avait été tourné par Amadieu et terminé par Franc, son élève.
Séguret, chercheur infatigable, auteur d'une étude très documentée sur la cabrette en Auvergne, possède un "pied de 39" daté de 1876, portant le nom de Boussuge. Ce "pied de 39", expression propre à l'Auvergne, mais sans aucun doute empruntée à la facture d'orgue, donnant les sons de la gamme diatonique de do, avait l'avantage de bien s'entendre avec l'accordéon diatonique de cette étude époque. On comprend ainsi que le mot "pied" correspond à une "longueur", donc à une gamme définie. Ce détail sera le sujet de bien des conversations quand les instrumentistes, ignorant les règles de la gamme, entreprendront de parler de "tonalité".
Les musiciens-fabricants de musette, les "cornemuseux", exerçaient leur talent en dehors de leur travail au cours d'une noce ou d'une réunion familiale, faisaient bal sur l'aire d'une grange ou dans une cour de ferme. Mais, dans un gros village ou dans une ville, le bal ne se tenait qu'à des emplacements fixes. On allait donc au "bal musette", où se faisait entendre la musette, souvent accompagnée de la vielle et du violon...