Le bal musette
En France, les bals publics prirent de l'importance après 1715 avec les "bals masqués" - autorisés par l'Opéra - et se multiplièrent ensuite sous divers aspects. L'un des endroits de prédilection de ces réjouissances se situait aux limites du Paris d'alors, à la Courtille (Belleville), où pullulaient des débits de boissons, dont certains disposaient de jardins champêtres ou d'enclos attenants dits: "courtilles".
Dans les premiers temps apparaît, parmi les plus célèbres, le cabaret des Marronniers (1720), fréquenté par le Régent et les "viveurs". Lui succédera la taverne de Ramponeau à l'enseigne du Tambour Royal .
A partir de 1785, la construction du mur d'enceinte des Fermiers Généraux, dessiné par l'architecte Ledoux, modifia considérablement cette partie nord-est de Paris.
Les cabarets, les guinguettes, les bals, alors répandus à Montmartre et dans la campagne de Belleville et de Ménilmontant, se trouvèrent séparés les uns des autres par la "barrière". Disposés de place en place, des postes d'octroi prirent les noms des lieux: barrière Ramponeau... barrière de Ménilmontant... barrière des Amandiers... barrière de Belleville... barrière de Montreuil, etc., et les cafés, tavernes, gargottes, estaminets environnants devinrent les repaires de toute une faune de petits contrebandiers et trafiquants, entourés de personnages pittoresques dont il serait bien difficile de définir les occupations; leur passe-temps favori étant de jouer aux cartes, aux dés, aux dominos, en buvant le petit vin des vignes proches. C'est dans ces petits cafés-bals qu'ils pouvaient, en même temps, regarder danser, surtout en fin de semaine, une foule hétéroclite venue se distraire au son du violon, de la vielle, de la musette, quand ces derniers n'étaient pas associés à un piston ou à une clarinette. C'est ainsi que la musette, nous l'avons déjà dit, se fixa dans les divertissements populaires des faubourgs parisiens... d'où le nom de bals musette donné à ceux qu'elle animait, peut-être auréolée de son prestigieux passé.
L'un de ces plus anciens établissements de danse, La Vielleuse, existait en 1795 à Belleville (barrière de la Courtille) et vient de rouvrir, après la transformation du quartier. A cette date on dénombre, dans Paris, 644 bals en activité, du plus simple au plus élégant.
En 1806, on se presse au Bal du Grand-Turc, au N° 10 du boulevard Barbès. En 1810, face au Palais de Justice, au Bal du Prado. Le Bal champêtre, ouvert en 1812, devient le Bal musette Dourlans, à l'emplacement de l'actuelle Salle Wagram. 1830 voit l'apogée de ces commerces, bals et guinguettes, qui couvrent la Haute-Courtille (sur les hauteurs de Belleville). Citons le plus fréquenté d'entre eux situé au N° 8 de la rue de Belleville: Chez le père Dénoyez.
D'autres bals célèbres ont laissé un nom: le Bal Mabille, rue du Mont-Cenis (1850)· La Salle Graffard (1856), le Bal Cambon, rue de Lappe (1856).
En 1860, date de la division de Paris en vingt arrondissements et quatre-vingts quartiers, un cabaret change de propriétaire et devient la guinguette Au Rendez-vous des Voleurs, 4, rue des Saules à Montmartre. Le peintre André Gill y peint sur la façade, en 1880, un lapin qui deviendra une enseigne: Le Lapin Agile.