L'accordéon de concert


 

L'harmonéon, ou accordéon de concert, a été créé en 1948 par l'auteur de cet ouvrage et réalisé par Busato à Paris. D'abord connu sous le nom d'harmonéon, il prit, à la demande des fondateurs de l'UPAC (Union pour la Promotion de l'Accordéon de Concert), Abbott, Juan, Taupin, celui d'accordéon de concert, pour ouvrir aussi les concours à des modèles comme l'accordéon-symphonique de J. Prez.

L'accordéon de concert se présente avec deux claviers absolument identiques: même disposition pour les sons graves et pour les aigus, même emplacement des boutons, même diamètre des boutons, même nombre de rangées, même écartement entre les touches. Les boutons donnant des accords sont totalement supprimés.

Cet instrument a été conçu pour répondre à trois nécessités: technique, culturelle et pédagogique. Il est l'aboutissement naturel d'efforts et d'expériences antérieurs et répond aux critiques formulées dans les milieux musicaux à l'encontre de l'accordéon traditionnel. Milieux où, précisément, il s'efforçait d'entrer. Il fallait pour cela prendre en compte les arguments avancés par ces derniers et tenter d'établir le trait d'union entre deux modes de penser la musique.

Le but technique était de surmonter les obstacles rencontrés par les modèles précédents qui, en admettant le principe de deux claviers différents, "chant" et "accompagnement", sont devenus des instruments exceptionnels parce que enfermés dans le système de la musique tonale. La version dite à "basses chromatiques", solution qui ne manque pas d'intérêt, donne prise à la critique à cause de la surcharge que représente un troisième clavier, apparent ou non. Cette présentation déroute les compositeurs qui s'expliquent mal le besoin de conserver les boutons donnant des accords dits "composés".

On a vu que, depuis 1912, les tentatives s'étaient renouvelées périodiquement mais sans aboutir à des résultats décisifs. Les noms attachés à de telles recherches au cours de ces dernières décennies sont pourtant prestigieux: Balta, Beauvois, Di Maccio, Rossi, Gazzoli, Hellen, Bochu, Roussel, Ellegaard, Semionov, Guérouet, Noth, Çlamens, Bonnay, Lips, Flamin, Bestramilnof, Rieske, Koval. Les causes de ce demi-succès restent difficiles à cerner. Dimensions prises par l'instrument? Combinaison des trois claviers? Incompatibilité des styles?

Le but culturel concerne l'écriture, la composition, et touche à l'esthétique musicale. La musique est un langage sonore. Elle peut, selon la pensée et le goût de chacun, exprimer tous les degrés des sentiments humains. Il est vain de vouloir distinguer rigoureusement la musique populaire et la musique dite savante: l'histoire de la musique et celle des instruments, comme l'étude des oeuvres, montrent combien elles se complètent et s'interpénètrent. Il n'en reste pas moins que la pratique de la musique "savante" n'est possible qu'à condition de posséder une solide culture musicale. A défaut de celle-ci, l'accordéoniste le plus motivé sera stoppé dans l'épanouissement auquel il aspire. L'auteur de ces lignes se sent le droit de l'affirmer, s'étant trouvé face à une situation dans laquelle il refusait d'entraîner de jeunes disciples. Il comprit, au temps déjà lointain de sa jeunesse, qu'il ne pouvait plus se satisfaire d'adaptations et de transcriptions, ni se contenter de morceaux écrits "spécialement" pour son instrument: il voulait aborder la musique sans restriction, sans contrainte. Ce qui le conduisit à poursuivre des études musicales sérieuses. Admis à concourir à l'examen de fin d'études de l'Ecole César Franck, à Paris, il y présentait, en 1947, une thèse de musicologie intitulée "L'accordéon est-il un instrument de musique?", agréée par MM. Y. Margat, R. Alix et Guy de Lioncourt. Qu'il nous soit permis de citer une phrase de la conclusion de cette thèse:" On ne pourra jamais admettre dans les écoles officielles un instrument assujetti à des accords réalisés mécaniquement, et l'accordéon ne sera véritablement équilibré et parfait que lorsque ses deux claviers seront identiques. " Il ne suffisait pas de prophétiser. Il fallait passer à l'action. C'est alors que le nouveau professeur, qui comptait parmi ses élèves Bruna et Anita Busato, filles du fabricant dont l'atelier était situé 4, Cité Griset (11ème), obtint de celui-ci de construire le prototype d'un instrument conforme à ces exigences et dont il lui esquissa les plans. Mais l'indifférence et l'incompréhension mettaient au désespoir le jeune homme qui, de semaine en semaine, retrouvait l'ébauche d'instrument à peu près dans le même état. Jusqu'au jour de 1948 où Segala, beau-frère de Busato, nouvellement arrivé à Paris, prit personnellement les choses en mains et sortit le prototype de l'harmonéon... permettant au professeur d'initier les jeunes élèves à tous les styles d'écriture.

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