de comprendre: ce qu'on voulait créer à l'époque, " c'était, sur le principe de l'anche libre métallique, un instrument portatif, à l'accordage pratiquement indéréglable, et pouvant "filer" un ou plusieurs sons simultanés. Au milieu de tentatives innombrables et parfois abracadabrantes, l'accordéon est sorti vainqueur encore que ses défauts aient été, selon le point de vue, plus apparents que ses qualités. Mais , dès l'instant où l'on réussit à enfermer le système de l'anche libre dans une boite ventilée par un soufflet à main contrôlant l'intensité, un grand pas fut accompli. Le problème de l'expression, prioritaires à l'époque, était résolu. En revanche, celui de la "liberté" harmonique ne l'était pas pour les deux claviers.

L'apparition de l'accordéon "chromatique", qui supplanta dans une grande mesure le "diatonique", n'apportait pas de solution à cet obstacle d'ordre musical, puisqu'il emprisonnait toujours l'exécutant dans le carcan d'accords immuables. Cependant, cette particularité (une touche = un accord) caractéristique du second clavier de l'accordéon contribua à son succès en mettant en quelque sorte l'harmonie à la portée de chacun.

Tandis que se multipliaient en Italie, en France, dans toute l'Europe d'innombrables manufactures d'accordéons traditionnels, toujours plus perfectionnés, quelques artisans motivés persévérèrent dans leurs recherches pour faire de cette boite modeste au départ un instrument de musique vraiment digne de ce nom.

Alors que la plupart des instruments en usage aujourd'hui (l'électronique mise à part) semblent avoir atteint un état à peu près imperfectible, on note que l'évolution de l'accordéon, elle, se poursuit à l'époque contemporaine.

Étayé par une documentation puisée aux sources les plus sérieuses et très souvent de première main, cet ouvrage, qui traite des origines de l'accordéon, des méthodes qu'il a inspirées, de son jeu, enfin de ses interprètes, devrait faire un sort à de trop nombreuses descriptions erronées, souvent reprises dans les dictionnaires, qui datent en général de plus d'un siècle et qui ne peuvent qu'apporter de la confusion dans les esprits.

D'un côté, le simple mélomane sensible à la générosité expressive de l'accordéon, de l'autre le compositeur curieux des possibilités spécifiques de l'instrument trouveront ici, nous l'espérons, les réponses aux questions qu'ils se posent. Mais c'est avant tout aux accordéonistes eux-mêmes qu'est destiné ce livre consacré à celui que Norbert Dufourcq a appelé "le grand romantique".

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