Les Habitations Troglodytiques
Histoire et Patrimoine
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Belvès, cité médiévale aux sept clochers, est située sur un éperon rocheux dominant la vallée de la Nauze en bordure de la forêt de la Bessède. Le territoire de Belvès semble habité depuis le début de la préhistoire européenne, mais le peuplement ne devient dense qu'au néolithique, témoins, les dolmens et polissoirs comme on peut voir sur le sentier du Camp de César. Le nom de Belvès viendrait d'une tribu celtique, les Bellovaques, qui se seraient installés ici vers 250 avant J.C. et auraient également donné le nom de Beauvais dans l'Oise. L'importance de Belvès se développa grâce à sa position dominant la voie romaine qui venait de Cahors et qui fut utilisée ensuite par les Wisigoths dont le royaume s'étendait jusqu'ici, avec pour capitale Toulouse, aux V-VIème siècles. Les premiers textes sur Belvès parlent d'un monasterium Belvacense dès 830, à l'emplacement de l'église de Montcuq (M.H. XIII-XVème). C'est vers 1095 qu'est fondée la puissante forteresse du Castrum (village fortifié) dont subsistent encore le porche d'entrée du Castrum, le donjon (Tour de l'Auditeur), le beffroi et quelques remparts. Point stratégique fortifié, le Castrum fut au coeur de la rivalité franco-anglaise qui s'étendit pendant près de 3 siècles en Guyenne (ancien nom de l'Aquitaine) et qui englobe bien sûr la guerre dite "de Cent Ans". Belvès fut ainsi pris et repris 7 fois par les anglais entre 1242 et 1442 et sortît exsangue de ce conflit : quinze familles survivent sur toute la châtellenie... mais la renaissance est rapide et la ville connaît dès le XVème siècle un rayonnement culturel grâce aux écoles importantes du prieuré bénédictin et du couvent dominicain. La tourmente des guerres de religion n'épargne hélas pas Belvès avec le massacre d'une grande partie de sa population.
La campagne est riche de manoirs, maisons anciennes, cluzeaux mystérieux et d’éléments d’architecture rurale comme les pigeonniers, les cabanes en pierre sèche et les lavoirs... |
Les Habitations Troglodytiques de Belvès
Historique
· Les origines
Ces habitations sont constituées d’un ensemble de grottes alignées de part et d’autre de l’ancien fossé de défense médiéval du « Castrum », c’est à dire la ville fortifiée du XIème siècle (Belvès ayant été fondée par les celtes Bellovaques vers 250 av JC). C’est à l’ère tertiaire qu’un cours d'eau creusa son lit à l’emplacement de ce fossé. Celui-ci fut ensuite aménagé de part et d'autre par des grottes. Celles-ci furent colonisées à la Préhistoire, au Néolithique, puis au Moyen-âge.
· Le Moyen-âge
A cette époque, on sait par le Terrier
de Belvès (conseil des propriétaires terriens, l’équivalent de nos
registres cadastraux) que des gens habitaient infra muros et sauti castri,
c’est-à-dire « sous les remparts », et dans le « saut du castrum »
autrement dit dans le fossé de défense. Il est également fait mention
d’un Delbalat y habitant en 1462 («balat» venant de «valat» qui signifie
fossé en occitan, Delbalat «Dufossé»). Le Castrum de Belvès, se situait à l’intersection de plusieurs voies romaines,
utilisées ensuite par les Wisigoths dont la capitale était Toulouse ; son
emplacement sur un éperon rocheux fermé par ce fossé naturel était idéal
pour bâtir une place forte.
Lors de la rivalité franco-anglaise, les habitants de ces abris en furent délogés
afin de respecter la fonction militaire du fossé nécessaire à la défense du
Castrum. Cette période s’étend de 1242, date de la première prise de Belvès
par les Anglais, à 1442 fin de la guerre dite «de cent ans» pour la ville.
Pour les mêmes raisons une autre interruption a du survenir durant les guerres
de religion très sanglantes à la fin du XVIème siècle.
Dans les siècles suivants, des actes notariés font état de la donation en
1662 d’une de ces caves, de la mort d’une vieille dame de 80 ans et de la
naissance en 1722 d’une fille « illégitime », baptisée le jour de sa
naissance.
En 1764, le fossé ne se justifiaient plus comme moyen de défense et
l'utilisation régulière de ce fossé constituant une menace hygiénique ; il
fut comblé pour un meilleur aménagement de la place. Les habitations
troglodytiques n’ont plus eu de sortie à l’air libre, ni d’occupants.
· La (re-)découverte
En 1907, une charrette faisait
s’effondrer vers l’extrémité nord le plafond d’une cave, permettant
ainsi aux Belvésois de redécouvrir ces habitations enfouies. Ils éventrèrent
certaines cloisons de séparation et parcoururent les pièces emplies de
remblais. En même temps, ils furent invités à combler cette brèche sur la
place par des ordures ménagères et de la terre.
Il fallut donc attendre 1991 pour que les travaux de désobstruction, de
fouilles et d’aménagement permettent au public de visiter ces lieux de vie du
passé.
Les aménagements - la vie quotidienne
Chaque pièce constituait une
habitation à part entière, avec une porte d’accès sur le fossé
aujourd’hui comblé, une cheminée, parfois une lucarne, un évier ou quelques
placards. Les éventrations dans les cloisons ne datent probablement que du début
du siècle ; chaque habitation était donc indépendante. Les portes se
fermaient avec une targette ou encore un système à épar en bois qui
s’encastrait dans un trou et une encoche à virgule. Il faut noter que les
hommes du Moyen-âge ont sur creusé les cavités naturelles afin d’augmenter
l’espace de leur sombre logis (nombreuses traces de coups de pics sur
les parois). Un foyer est composé de 4 à 7 personnes : le père, la mère, 4
ou 5 enfants dont la moitié meurt avant 15 ans, ce qui fait une espérance de
vie d’environ 25 ans... parfois un frère ou une soeur célibataire, très
rarement un grand-parent. Il faut aussi ajouter quelques animaux domestiques, âne,
mulet, cochon, chèvre, poules... on retrouve les anneaux d’attache dans les
parois. Aussi on imagine mal l’entassement, la promiscuité des membres
d’une famille nombreuse, avec ces bêtes, dans ces réduits humides et mal aérés
qui parfois ne dépassent pas 20m². Afin d’économiser de la place, on fixe
des barres de bois dans les parois calcaires pour disposer des étagères ou
suspendre quelques ustensiles, outils ou linge ; si la hauteur du plafond le
permet, des boulins, poutres, disposées dans des opes (trous dans la roche),
peuvent former un niveau supplémentaire pour le couchage par exemple. Un aménagement
de ce type, assez original, se trouve dans la pièce n° 5 : une série de opes
pour boulins qui soutiennent des mezzanines appuyées elles-mêmes sur des
poutres plus ou moins fourchues (des « palforcas »). Ces mezzanines
supportaient des couchettes avec paillasses, sur lesquelles dormaient tête-bêche
le plus de personnes possible. On y accédait par une échelle.
Les lithographies médiévales nous apprennent que le mobilier des pauvres gens
est très sommaire : un coffre à linge, une table posée sur tréteaux
lorsqu’on l’utilise (on « mettait » ou « dressait » la table au
sens propre), quelques bancs ou tabourets, un trépied, une marmite, une lampe
à huile, des torches de cire ou de suif, de la vaisselle en bois, des couteaux,
pas de fourchettes, de rares cuillers en bois ou en os. Les nombreux tessons
trouvés datant du XIIIème au XVIIIème siècle attestent de l’utilisation de
poteries comme marmites, mortier à grain, pour conserver le vin et l’eau, le
cochon salé, l’huile... la poterie ne coûte pas chère, et Belvès était un
haut lieu de l’industrie potière. Le tour reconstitué dans la salle n°2 est
un modèle utilisé au Moyen-âge et jusqu'au début du XXème siècle ; plus généralement
il est important de comprendre que les techniques et les modes de vie n’ont évolué
que très lentement jusqu’au début de notre siècle et que de nombreuses
similitudes peuvent se trouver entre ces deux époques, surtout dans les
campagnes reculées.
Des restes de foyer se retrouvent au milieu des pièces n°3 et 8, avec un
crochet au-dessus qui laisse supposer qu’en plus de la cheminée un autre feu
pouvait chauffer une « toupine ». Les cheminées murales ne se sont
d’ailleurs développées qu’à partir du XIVème siècle ; auparavant et
encore après le feu était au centre de la pièce, ce qui laisse deviner
l’atmosphère irrespirable des lieux, même si cela chassait les vermines. Ce
genre de crochet pouvait servir aussi à suspendre un animal à dépecer, un
jambon, une lampe à huile ou un berceau.
La population vivant ici payait un loyer et se composait en majeure partie d’agriculteurs-viticulteurs.
La vigne était très présente jusqu'à la fin du XIXème siècle avant la
terrible épidémie de phylloxéra. Toute la région exploitait des vignobles
comme l’atteste la carte de Belleyme (XVIIIème). Le « vin de Domme », l'un
des plus renommait à cette époque, était exporté via les gabares
jusqu'à Bordeaux pour partir vers l’Angleterre et la Hollande. Dans les abris
troglodytiques ont été retrouvés une serpe de vigneron et des pièces métalliques
faisant partie de charrues utilisées pour travailler la vigne ; une
reconstitution se trouve dans salle n°3. Il pouvait y avoir aussi des artisans,
savetiers, potiers...
Les ossements retrouvés montrent qu’ils mangeaient du boeuf, du mouton, du
cochon à demi-sauvage ; ils cultivaient également un jardin dans le fond du
fossé (nombreux pollens de légumineuses retrouvés), ramassaient les noix et
surtout les châtaignes, dont les bouillies et les farines constituent leur
aliment de base : très nourrissante, se conservant longtemps, ce fruit a sauvé
de la famine des milliers de gens. Le cochon (un enclos à cochon se trouve dans
la pièce n°8), lorsqu’ils en possèdent un, est tué en hiver pour être
conservé dans le sel. Le coffre à sel placé près de la cheminée de la salle
n°5 (afin de le garder sec) rappelle l’importance du sel autrefois, seul
moyen de conserver la viande ; il pouvait d’ailleurs servir de monnaie ou de
salaire, ce mot venant du mot « sel ». La taille importante de cette cheminée
rappelle celle du «cantou» que l’on retrouve dans toutes les fermes du Périgord
; on pouvait s’asseoir de part et d’autre du feu faiblement alimenté par
souci d’économie.
Pour l’eau, les pièces n°5 et 6 possèdent chacune un évier, très
probablement alimenté par des failles dans la paroi où l’eau passait les
jours de pluie, ou bien par un système de gouttière récupérant les eaux
infiltrées dans le plafond, comme on le voit dans la pièce n°6. La roche
calcaire de ces grottes est en effet très poreuse, et il semble que le climat
au Moyen-âge ait été plus humide ; les infiltrations devaient donc être plus
importantes, d’autant plus qu’il n’y avait ni goudron pour étanchéifier
le sol de la place ni conduits d’égouts pour canaliser l’eau.
Le soir, à la lueur des torches ou des lampes à huile (des « calels »), on
poursuit les travaux agricoles, on répare les outils... on peut en fabriquer en
taillant des silex, comme durant la Préhistoire; en effet le métal coûte cher
et en outre lors des périodes troublées comme la grande peste de 1348 il n’y
a plus de forgeron. Il faut rappeler ici les terribles fléaux qui frappèrent
la région : croisade contre l’hérésie cathare au XIIIème, guerres de
religion au XVIème et surtout la guerre de Cent Ans qui ici s’est en fait étendue
sur plus de deux siècles : en effet, les Anglais ont pris Belvès pour la première
fois en 1242, en tout la ville fut prise et reprise 7 fois ; à la fin de
ce conflit, des trois mille habitants qui occupaient la région auparavant il ne
reste plus qu’une quinzaine de familles, survivant parmi les ruines d’une
contrée rendue exsangue par les famines, les épidémies de peste et les bandes
armées.
Certaines pièces, surtout vers la fin de l’occupation de ces abris, ont servi
d’entrepôt de bois ou de denrées pour le marché qui se tenait juste
au-dessus sous la halle, comme à Provins. Elles ont pu aussi servir
d’atelier, témoin le pressoir à huile de noix retrouvé dans la pièce n°5.
D’autres pièces existent, mais qu’on ne visite pas, après la salle n°8 et
sur le côté opposé du fossé, qui ont servi ou servent encore de caves aux
maisons actuelles.
Les conditions de vie dans ces abris nous
paraissent terribles, presque irréelles ; il faut cependant être conscient
qu’elles étaient le lot d’une grande part de la population rurale, hors de
ce fossé, qui vivait dans des chaumières aux dimensions similaires dans la même
promiscuité et la même absence de confort, avec le sol en terre battue et une
faible lumière venant de l’unique fenêtre d’une dimension très réduite...
Ces habitations nous parlent de la vie quotidienne de nos ancêtres ; le
visiteur connaît une émotion intense en «voyageant» à travers ces salles.
Ce site troglodytique n’est pas vraiment un musée médiéval. C’est plutôt
un «musée imaginaire» où quelques structures recréées, «animées», suggèrent
à chacun, selon son imagination d’entrevoir la vie des siècles passés.
10h30-11h15-12h (en anglais) et 15h-15h45 (en anglais)-16h30-17h15-18h (en anglais).
Tous les jours
Heures de visites du 16 septembre au 14 juin :
11h-15h30
Du lundi au samedi
Départs pour 4 pers. minimum, 18 pers. maximum.
Groupes toute l’année sur réservation.
Fermeture aux individuels du 1er décembre au 1er février.
Durée de la visite :
30 à 45 mn.
Tarifs 2009 :
Adultes : 4 Euros - Enfants/scolaires : 2 Euros - Groupes (min.10 pers.) : 3 Euros
Chèques Vacances acceptés
Pour tous renseignements et réservations :
Office de
Tourisme du Pays de Belvès.................................05
53 29 10 20
belves@perigord.com
Télécharger le dépliant des habitations troglodytiques
Ce texte a été réalisé par l'Office de Tourisme du Pays de Belvès avec
l’aide des travaux de
Mrs POUJARDIEU, BIRABEN et REBIERE.